Interview Romain Froquet
– Partie 2

Written by Duke & Dude, 02-11-2012, 1 Comment

Voici la seconde partie de notre interview de Romain Froquet. La première s’est déroulée autour d’un café, mais comme on n’a pas eu le temps de la terminer, Romain nous a très gentiment invité le lendemain à nous rendre dans l’atelier du collectif 9ème Concept pour nous parler plus en détails de son travail, l’occasion de nous montrer quelques unes de ses toiles. Une occasion unique qui ne se représentera pas tous les jours, merci à lui : )

Est-ce que tu peux nous présenter un de tes travaux ?

Oui, ce triptyque par exemple.

La main est un symbole que j’utilise de plus en plus, je travaille beaucoup sur l’homme et sur ce qu’il se passe à l’intérieur de l’être humain. L’inconscient, le subconscient, tout ça m’éclate. La différence qui peut apparaître entre les apparences d’un être humain et ce qu’il se passe à l’intérieur. On peut essayer de paraître très lisse, très poli, très gentil, très souriant, mais tout ça cache ce que l’on a au fond de nous. Je suis vraiment passionné par ça. Mon travail se porte beaucoup sur ce mouvement intérieur qui existe en chacun de nous. J’utilise la main car pour moi il n’y a rien de plus personnel qu’une empreinte de main. Tu as la tienne, j’ai la mienne, elles se ressemblent en surface mais en fait elles sont uniques. C’est ma façon de poser mon empreinte sur mes toiles.

Ensuite, l’arbre, pour moi, est le symbole de la vie, c’est l’arbre généalogique, l’enracinement de l’être humain sur cette planète, on ne doit pas renier ses racines. L’arbre, c’est d’où on vient, où est-ce qu’on en est et où est-ce qu’on va. On peut négliger nos racines, mais elles sont toujours présentes. C’est le questionnement que j’ai et le regard que j’essaie de livrer.

La toile Post Scriptum (voir ci-dessus – ndlr), je l’ai réalisée au retour de mon voyage en Inde en début d’année. J’avais fait une expo là-bas. Je suis revenu avec plein de choses en tête, d’images, j’ai travaillé notamment sur le chat pour le côté figuratif. Pas dans son apparence, mais sur ce qu’il y a sous la peau. On peut le voir sur la droite, je l’ai inversé, avec un qui regarde devant et un autre qui regarde derrière, avec un bras tendu vers le futur et la main au bout. Je me sers également beaucoup du cœur, de par sa symbolique et sa force. Ça touche les gens. Dans mes œuvres, j’exprime des ressentis, des émotions, et le cœur matérialise ça.

Tu nous parles de ta démarche sur ton triptyque qui est « d’où on vient, où on est aujourd’hui et où on va », est-ce que c’est une démarche que tu avais déjà eu auparavant ?

Oui, tout à fait. Mais c’est quelque chose en élaboration, c’est plutôt récent. Plus je travaille, plus je peins, plus j’ai envie d’explorer. Le futur, pour moi, c’est l’exploration de ce qui peut se passer et de ce qu’il va se passer.

Sans donner toutes les clés, l’arbre est pour moi le symbole de la vie, un retour à la nature. C’est pour montrer que la vie n’est qu’un cycle et la nature revient toujours, elle s’adapte. J’ai eu envie dans mes travaux de redonner de l’importance à la nature, dans son sens global. Comment à un moment donné l’être humain a oublié l’importance de la planète, de ses origines, de là où on va. Ce n’est pas du tout un trip écolo, j’ai du mal avec la dimension écolo, bio et tout ce qui tourne autour. C’est bien parce que ça sensibilise les gens mais on ne parle pas du cœur et du fond de la chose. Je ne dis pas que je fais mieux mais j’essaie de soulever des questions, sans forcément donner des réponses. En tant qu’artiste, je me dois de me poser des questions, d’y répondre, pour ensuite poser des questions aux gens. J’aime que mon travail puisse heurter et être mal interprété. Je ne vais pas chercher à le provoquer, ça se fait naturellement, selon moi.

J’ai eu quelqu’un de très important dans ma vie qui m’a aidé, inspiré, et à qui je montrais mes tableaux. Elle les tournait dans tous les sens en y voyant des choses et c’est grâce à elle que j’ai compris qu’à partir du moment où je finis un travail, un dessin ou un tableau, il ne m’appartient plus, il appartient à celui qui le regarde. Si je prends exemple sur Freddy Jay, puisque vous l’avez rencontré, il peut faire un morceau triste avec toutes ses tripes et toi ce morceau il va te faire sourire parce que ça t’évoque quelque chose de différent. L’émotion n’est pas contrôlable. Même si on essaie de procurer de l’émotion à travers nos travaux, on se rend compte que ça nous échappe complètement.

Une fois que ton travail a par exemple été acheté par quelqu’un et que tu as donc laissé ton œuvre entre ses mains, est-ce que tu continues à te poser des questions dessus ?

Bien sûr, mais ça ne le fait pas avec toutes. Se séparer d’une œuvre, c’est assez particulier. Il y a des œuvres qui vont plus me toucher que d’autres, j’ai par exemple en tête une toile que j’ai vendue et que j’avais commencé il y a 3 ou 4 ans, à l’époque j’étais sur les taureaux en hommage à Picasso. A ce moment-là j’étais en couple puis on s’est séparé pendant la phase de création, du coup j’ai rangé la toile. Je l’ai ressortie plus tard, ma vie avait changé, la toile était abimée, elle était meurtrie, comme moi. J’ai décidé de la continuer, je l’ai rangée à nouveau, je l’ai ressortie, pour plus tard l’exposer. J’ai beaucoup hésité à la présenter parce qu’il y avait dans cette toile mon évolution d’être humain, un hommage à Picasso qui est un artiste qui m’a profondément marqué, un hommage à Jean-Michel Basquiat, je la considérais comme ma première vraie toile. Elle posait les bases de ce qui allait suivre. J’y pense encore d’ailleurs.

A la manière d’un acteur qui va s’imprégner de son personnage le temps d’un tournage, est-ce que tu t’imprègnes de ton œuvre pendant sa réalisation ? Est-ce que ça se reflète au quotidien dans ta personnalité ?

C’est plutôt l’inverse en fait. C’est la toile qui va s’imprégner de mon état d’esprit du moment. Je vais être bien, je vais utiliser des couleurs très vives. Je vais être torturé, je vais utiliser des couleurs plus sombres. Quand je travaille, j’écoute beaucoup de musique et je me rends compte qu’elle influence vraiment ce que je fais. J’ai réalisé une toile pendant laquelle j’écoutais le morceau Don’t Explain de Nina Simone. Du coup, je l’ai appelée Don’t Explain parce que le morceau m’a procuré une telle émotion que ça s’est ressenti dans ce que je faisais.

Est-ce que tu as besoin de provoquer cette émotion quand tu peins ?

Non, je m’adapte toujours à la situation. Je ne vais pas provoquer un état, je vais me laisser aller par ce qu’il se passe autour de moi. Quand je peins, je suis un peu dans ma bulle, mais je capte tout de même les signaux extérieurs. L’école 9ème Concept, c’est apprendre à travailler dans n’importe quelle condition. J’ai peint des toiles en discothèque, j’ai réalisé des tatouages éphémères dans des bars, sur des plages, j’ai travaillé dans des conditions vraiment différentes. J’arrivais toujours à sortir quelque chose qui pour moi était intéressant. Je me nourris de ce qu’il se passe autour de moi mais je ne vais pas chercher à me mettre dans des conditions particulières.

Quelle est ta démarche quand tu réalises un travail ?

Je travaille mes toiles de façons différentes, je n’ai pas une façon de faire. Maintenant, il y a quelque chose qui est toujours présent quand j’attaque quelque chose, c’est que je ne sais jamais ce que je vais faire. Je ne sais ni les couleurs que je vais utiliser, ni le format que je vais attaquer, ni ce que je vais représenter. Ça m’arrive de temps en temps, comme le triptyque où je savais que je voulais peindre des arbres, je savais de quoi je voulais parler. Mais c’est rare, j’essaie de ne pas trop réfléchir. Je dessine beaucoup aussi, ce qui fait que j’affiche quelques dessins autour de moi, je regarde dans mon univers et j’ai des déclics. Mon travail n’est quasiment qu’improvisation, bien qu’il y ait une certaine maitrise là-dedans, un équilibre. Une recherche de l’esthétique, même si j’essaie de me détacher du côté « joli », ça ne m’intéresse plus de faire du beau, ce qui m’intéresse c’est de faire du vrai.

Tu te considères comme un mauvais graphiste mais un très bon coloriste, pourquoi ça ?

Le travail de la couleur est une facilité naturelle, inconsciente pour moi. En collaborant, en côtoyant et en observant les gens, je remarque qu’il y a des catégories de peintres et que coloriste est une catégorie à part entière. Tous les artistes ne sont pas forcément de très bons techniciens. Alexandre D’Alessio par exemple, pour moi c’est un génie du dessin. C’est quelqu’un qui a un trait et une technique incroyables. Quand j’ai lu son interview, je sais pourquoi il a ce niveau-là, depuis qu’il est tout petit, il a un stylo dans les mains. Pour moi c’est difficile de dessiner, mais l’utilisation de la couleur est très spontanée. Je n’explique pas pourquoi je vais mettre un rouge avec ce bleu, je ne vais pas chercher les couleurs, je fais plutôt ça à l’instinct. Quand je regarde une œuvre, ce qui me procure de l’émotion, ce n’est pas forcément la qualité du travail, ce sont les couleurs.

Du coup, dans ton travail, l’importance des couleurs prend le pas sur le reste ?

J’essaie de trouver l’équilibre entre le travail de la ligne, qui est à la fois spontané et contrôlé de par mon expérience, et la couleur qui elle est totalement spontanée, irréfléchie, ça sort comme ça sort. J’essaie d’équilibrer mon travail entre les deux facettes de mon personnage, la facette « contrôle » et la facette « je suis ce que je suis ». Donc ni la ligne, ni la couleur ne va prendre le pas sur l’autre, je vais rechercher une harmonie.

Il y a une couleur qui est récurrente dans mon travail, c’est le noir. 99,9% de mes lignes sont noires. J’aime le noir parce que c’est une couleur qui dit tout et son contraire. C’est dur et à la fois esthétique, c’est raffiné et en même temps c’est brut, c’est pur et d’un autre côté riche et dense. J’aime m’en amuser.

Et à l’inverse, est-ce qu’il y a une couleur que tu utilises très peu ?

Non, toutes les couleurs sont mes amies : ) Mais j’ai effectivement des couleurs que je vais utiliser beaucoup plus que d’autres. Le noir donc, mais aussi le rouge pour son côté sanguin, vif, passionnel, j’aime l’utiliser avec parcimonie dans mes toiles. Le beige, le marron, les tons ocre sont aussi des couleurs que j’utilise très souvent. Je pense que c’est lié à mes influences africaines, l’art tribal. Le bleu également, je ne l’explique même pas, mais j’aime ça. En fait j’aime toutes les couleurs.

Quel regard tu portes sur la société actuelle ?

Comme je le disais, mon travail a été d’observer les gens, d’observer les artistes, des façons de faire, donc je me place en tant qu’observateur, c’est ma façon d’apprendre. Dans le passé j’ai eu une démarche où j’étais assez centré vers moi et aujourd’hui je me rends compte qu’en tant qu’artiste mais aussi en tant qu’être humain, on se doit de regarder notre planète. Je parle beaucoup de planète parce que c’est important pour moi de replacer les choses dans son ensemble. Je ne me considère pas comme un citoyen français, je me considère comme un citoyen de cette planète. Je n’ai pas de mots pour qualifier le regard que je porte, en revanche, ce qui est sûr, c’est que je me nourris de la civilisation, du peuple humain. Je ne critique pas tout ce qui se fait mais j’observe et j’essaie de reconstituer ce puzzle.

Tu nous parlais de la thématique de l’arbre, est-ce qu’on peut considérer ton travail comme un avertissement disant « attention, on s’éloigne des bases » ?

Ce n’est pas un cri d’alarme, c’est plutôt un constat. Dans la nature, dans la vie, dans l’histoire de l’être humain, je remarque qu’il y a des cycles. Quand je parle de l’arbre, je montre avant tout le cycle. On naît, on vit et on meurt. Ce que je cherche à monter ce n’est pas « attention, on va droit dans le mur », puisque c’est le propre de l’homme, ce que je cherche à montrer c’est que l’on sait ce qui va se passer mais on y va quand même. Je veux juste montrer ces cycles.

Est-ce qu’il y a un autre tableau que tu aimerais nous présenter ?

Il y a celui-ci, qui s’appelle Ambivalence, du même nom que mon exposition faite à Dijon.

C’est un travail qui est assez récent puisqu’il date de cette année. A travers cette toile, je voulais parler de l’ambivalence présente non seulement dans mon travail, le côté maîtrisé et le côté spontané, qui est propre à chaque être humain, mais aussi de l’ambivalence présente dans les voyages que j’ai pu faire. J’ai eu l’occasion de partir aux États-Unis, à Houston, où j’ai rencontré des artistes avec une culture qui est très proche de la nôtre et je filmais beaucoup de choses, de gens, de situations, des paysages. Plus tard, je suis parti dans le sud de l’Inde dans une ville qui s’appelle Hyderabad, une très grosse ville, et j’ai été vraiment interpellé par la pauvreté extrême, par les conditions de vie qui ne sont pas du tout les mêmes que ce que j’ai connu dans ma vie. J’étais allé là-bas pour faire une exposition donc j’étais un cadre professionnel et je filmais tout ce que je voyais, tout ce que je vivais, les parcours que je faisais, etc. C’est en revenant en France que j’ai pris une claque en visionnant les photos et les vidéos que j’avais faites. J’ai fait un parallèle entre les Etats-Unis et l’Inde, pas seulement géographiquement, mais surtout dans le fond, dans la façon de vivre, dans la façon de consommer, dans le rapport que l’on a à la planète, dans le rapport que l’on a à l’autre, c’était vraiment le jour et la nuit. J’ai travaillé avec un réalisateur qui s’appelle Jules Hidrot et on a monté un teaser pour mon exposition Ambivalence pour mettre en parallèle ce que j’avais observé.

Cette toile, c’est l’ambivalence de ce monde-là. Je me dois de constater ça et je me dois d’en parler, ce n’est pas de la dénonciation, juste de la constatation. Par exemple en Inde, il y a un rapport très particulier à la terre, aux gens, l’amour est vraiment palpable. Richesse et pauvreté se côtoient très naturellement. Mais à côté de ça, j’ai vu une planète qui était blessée, c’est-à-dire pas d’eau potable dans beaucoup d’endroits, des décharges à ciel ouvert comme je n’en n’avais jamais vue, mais avec un vrai respect pour cette même planète. Puis je regarde chez moi ou aux États-Unis, on n’a vraiment pas les mêmes problématiques dans la vie. Il y a en a qui naissent et qui doivent survivre, et d’autres qui ont juste besoin de savoir ce qu’ils vont consommer. La dernière fois, j’ai vu une publicité avec pour slogan « La vie est courte, faites du shopping », ça c’est la société dans laquelle je vis. Elle ne m’a pas mise mal à l’aise mais elle me laisse amer. On met dans la tête de l’être humain ce que l’on veut, ce qu’il faut c’est simplement rabâcher les choses, c’est l’objectif de la publicité. Si je te dis sans cesse que telle chose est bien, avec le temps tu ne poses même plus la question, ce sera une évidence.

Dans Ambivalence, on va voir à la fois des signes tribaux, des couleurs ocre qui viennent en rupture avec les bleus, les bleus étant pour moi la lumière. Quand j’étais en Inde, il y avait une lumière incroyable, c’est ce que j’ai voulu retranscrire dans cette toile-là. Il y a ensuite le travail très maitrisé sur les traits et la spontanéité dans les couleurs. Le travail sur les écritures, que l’on retrouve beaucoup dans mes toiles, le travail sur la pastelle grasse, qui est la touche finale dans mes œuvres. Je n’ai pas cherché à représenter l’Inde ou les États-Unis, je me suis nourri de mon vécu.

D’ailleurs, ce travail que j’ai fait sur Ambivalence, c’est un travail que je vais continuer à faire dans le temps. Je vais continuer à filmer partout où je vais et tout ce que je fais. Je n’ai pas du tout la prétention de prendre de belles images ou quoi que ce soit, tout ce que je veux recueillir ce sont des traces de ce que je vois avec mes yeux, et pas de ce que je vois derrière mon écran d’ordinateur ou derrière ma TV. Je considère l’artiste comme un explorateur et un chercheur, je dois me mettre en contact avec la réalité.

Est-ce que les personnes, artistes ou pas, doivent avoir une certaine responsabilité par rapport aux constats qu’ils font et à la façon dont ils les amènent ?

Bien sûr. Quelqu’un qui va être médiatisé, écouté et respecté doit le mettre au service des gens. On est dans une société où l’importance est donnée à l’individu, ce que j’ai vu en Inde est que l’individu n’existe pas. Ça n’a pas été une révélation dans ma vie, c’est juste que je constate qu’il y a des endroits où c’est l’individu qui est important et d’autres endroits où c’est la communauté qui est importante, où l’individu est au service de la communauté. La réussite est dans l’individualisme. Dans mon travail, j’essaie d’étendre le spectre et de parler à plein de gens. Plus on a de la notoriété, plus on va toucher de gens. Pour moi, l’artiste est à part dans le sens où il doit être en dehors de toutes sphères politiques, il sert à équilibrer le débat.

Si on te parle de liberté d’expression, est-ce que pour toi l’artiste, le politique, le journaliste ou autre doit se mettre des barrières ?

Je pense qu’un artiste ne doit pas se poser de limite, il doit tout s’autoriser, en tout cas j’essaie personnellement de ne pas me censurer. L’artiste va réaliser une œuvre, poser une problématique, ensuite libre aux spectateurs d’en faire une interprétation. Ce qui est intéressant est de voir l’utilisation de travaux artistiques par les médias. Quand je vois comment l’équilibre du monde est fragile, on ne doit pas attiser la flamme, chercher le conflit. Par nature, je vais éviter le conflit. Ce qui m’attriste est que je vois que le monde cherche le conflit sans justification. D’un autre côté, je pense que le conflit amène un équilibre, des espèces naissent, d’autres s’éteignent. Le chaos est toujours dans l’air.

Pour en revenir à quelque chose de plus terre à terre, est-ce que dans les voyages que tu as faits, tu as observé les autres artistes pour t’en inspirer au niveau technique ?

Je m’inspire des autres artistes en les observant, mais ce n’est pas forcément en voyageant que je vais découvrir les techniques les plus atypiques. Il y a des choses à voir partout. Cette année, je suis allé dans un endroit qui s’appelle Centrale 7 près d’Angers, une vieille centrale récupérée par des artisans et des artistes. Là-bas j’ai fait une création artistique avec Alexandre D’Alessio, Théo Lopez et Lapinthur qui sont aussi des artistes du 9ème Concept. J’y ai appris beaucoup de choses. Ce qui m’inspire beaucoup est d’aller voir les ateliers des artistes.

Est-ce qu’il y a un pays, un artiste d’un pays qui t’inspire en particulier ?

Je suis très centré sur le passé, notamment l’art tribal et africain comme je disais. Mon musée favori sur Paris est le musée de quai Branly où on peut voir à la fois des évènements, une salle avec des expositions temporaires et une salle qui répertorie l’art des indiens d’Amérique, océanien, africain, etc. tous les arts primitifs. Je me nourris de ce travail qui a été fait il y a des centaines d’années, ce travail des matériaux incroyable. Je ne dis pas qu’aujourd’hui il n’y a rien de bien, mais je pense qu’aujourd’hui un artiste n’invente rien, tout a été déjà fait. L’artiste actuel réinterprète. La dernière fois je suis allé voir la grotte de Cougnac, je ne sais plus le nom, et je me suis retrouvé devant des peintures magnifiques. Je suis là avec mon pinceau et je me suis dit que je n’inventai rien.

Est-ce que cette réinterprétation est compliquée ?

Oui parce ça peut te tirer vers le bas dans le sens où tu peux te dire que ce que tu fais ne sert à rien parce que tout a déjà été fait. A l’inverse, ça peut te booster en te disant que tout a été fait, mais pas par toi. Picasso c’est Picasso, Basquiat c’est Basquiat, moi je vais faire du Romain Froquet. A mon niveau, sans prétention aucune. Ce que je veux dire par là est que chaque œuvre est unique. Ce qui est intéressant n’est pas ce qu’on fait mais pourquoi on le fait.

Quelle est ton actualité ?

J’ai une expo collective, « Fresh », qui se termine à Houston à la galerie Yvonamor Palix. Une galerie avec laquelle je vais continuer à travailler, je vais participer notamment au mois de décembre à une seconde expo collective. Vous pouvez voir mon actualité principalement sur mon blog, ou encore mon site internet qui lui est assez récent, quelques semaines, et présente un travail plus formel.

Je vais m’installer quelques mois aux États-Unis, à Houston, pour travailler en atelier, d’une part pour l’expo à la galerie Yvonamor Palix en décembre mais surtout pour une exposition au printemps prochain qui s’appellera « Open the door ». Le support principal sera la porte, un support très commun présent dans toutes les cultures. C’est un symbole que j’utilise depuis que j’ai commencé à dessiner, dans toutes mes toiles il y a une porte ouverte et une porte fermée, mais elles sont parfois bien planquées : ) C’est un symbole d’ouverture, d’étapes que l’on doit franchir pour aller de l’avant, libre à nous de l’ouvrir ou de la laisser fermer. Je monte cette exposition avec Karine Parker-Lemoyne, une artiste peintre que j’ai rencontrée à l’occasion de l’expo « Go West » de la fondation TFAA (Texas French Alliance of the Arts). L’expo « Open the door » sera financée par la ville de Houston. Les portes seront à échelle réelle, elles tourneront, elles s’ouvriront et seront exposées un peu partout dans la ville. Une face sera réalisée par un artiste français et l’autre par un artiste américain. C’est une expo qui me tient à cœur car je vais aller là-bas pour travailler et créer des rencontres. On va inviter différents artistes, des personnes du 9ème Concept, des écoles d’arts et des universités, qui vont pouvoir participer au projet.

Ensuite il y a l’exposition collective à Marseille avec le 9ème Concept qui va s’appeler « Tous les chemins mènent à Marseille » (elle se déroule en ce moment jusqu’au 10 décembre – ndlr), où on va travailler sur le support du vélo et sur la carte routière.

J’ai aussi un projet avec la maison de porcelaine française Haviland pour créer une ligne d’assiettes et de tasses à café. Un support extraordinaire, pur, une belle collaboration et une belle rencontre. C’était tout nouveau pour moi. Moi qui suis très ancré dans mon époque, c’est vraiment intéressant de travailler avec une maison traditionnelle vieille de plusieurs dizaines d’années.

Est-ce tu peux rapidement nous donner ta vision sur l’art en France ?

Pour moi la France est un vivier incroyable de talents, on a une vraie histoire et une vraie culture artistique. La culture se porte bien mais elle pourrait être tellement mieux. On ne fait pas assez de place aux artistes en France, c’est très compliqué. On a besoin de quelques têtes d’affiche, de figures importantes pour représenter des domaines et on n’a pas besoin du reste. Ce qui est dommage parce qu’il y a énormément de gens qui méritent d’avoir un coup de projecteur. Cela vaut pour beaucoup de domaines.

Un petit mot pour Duke & Dude ?

Les rencontres sont très importantes pour moi, je vais vers les choses qui m’attirent. Le fait qu’Alexandre D’Alessio m’ait présenté le projet signifie qu’il a été séduit, donc j’y ai prêté une attention toute particulière. Je suis ensuite allé voir votre blog     et j’ai adoré la démarche. S’imprégner de la culture urbaine, contemporaine, de la société telle qu’elle est aujourd’hui, d’emmagasiner tout ça et de le retranscrire dans votre ligne de vêtements. Ce qui est très fort est que vous ne faites pas qu’une ligne de vêtements mais quelque chose de plus vaste, ce que je trouve super riche et super intéressant. Vous ne parlez pas que de vous, vous allez à la rencontre des gens et parlez de ce qui vous touche.

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Comme pour chaque interview, nous avons demandé à Romain s’il pouvait réaliser un petit quelque chose pour la marque, et il a accepté avec plaisir. Voici la vidéo :

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