Interview Romain Froquet
– Partie 1

Written by Duke & Dude, 31-10-2012, 2 Comments

En septembre, à l’occasion du salon Première Vision (tout comme pour Freddy Jay), nous sommes allés à la rencontre de Romain Froquet, artiste peintre. Une rencontre qui a débutée autour d’un café pour finir dans l’atelier du collectif 9ème Concept où il nous a gentiment accueilli. Une nouvelle rencontre passionnante qu’on souhaite partager avec vous.

La seconde partie arrivera vendredi, avec comme d’habitude une création filmée pour l’occasion.

Bonne lecture !

Peux-tu te présenter pour les gens qui ne te connaissent pas encore ?

Romain Froquet, je suis né en 1982 à Lyon, à Villeurbanne pour être exact. Je suis artiste peintre et je travaille au sein du collectif 9ème Concept depuis une douzaine d’années. Je travaille avec eux sur de nombreux projets de collaboration de marques dans lesquels j’ai un poste de directeur artistique. A côté de ça, j’ai aussi toujours gardé mon indépendance. Donc ma vie est faite de travaux de commandes, d’expositions, de voyages et de tout un tas de choses. Pour qualifier tout ça, on va dire que je suis un créatif au-delà de tout. Je l’ai toujours été mais je suis arrivé très tard à m’exprimer dans la création. Je suis autodidacte, ce qui veut dire que je n’ai pas fait d’école d’art ou de choses comme ça.

Tu peux justement nous expliquer ce qu’a été ton parcours et comment tu en es arrivé à devenir peintre, à intégrer le 9ème Concept ?

Alors en fait… Je vais démarrer à l’âge de 18 ans parce que c’est l’âge auquel j’ai décidé de quitter ma province. J’habitais près de Royan sur la côte atlantique. J’y ai passé mon bac et à partir de là j’ai eu envie de bouger, de changer d’air. J’étais très curieux et il fallait que j’explore un nouveau monde. En tout cas il fallait que je sois explorateur de ma vie. Je suis arrivé à Paris pour commencer une fac d’histoire. Et puis très vite, j’ai rencontré le 9ème Concept.  A l’époque, je ne dessinais pas.

Par quel biais tu les as rencontrés ?

Je les ai rencontrés par le biais de connaissances, des amis d’amis. Ce serait trop long à expliquer. Mais en tout cas, je ne connaissais pas le 9ème Concept en tant que collectif d’artistes puisque j’étais assez extérieur au monde de l’art. Je ne fréquentais pas du tout d’expositions, j’allais très peu au musée, je n’allais pas voir de concerts, j’étais dans un petit bled et je n’avais pas cette curiosité-là. En arrivant à Paris, j’ai ouvert les yeux sur ce monde. Et il se trouve que j’ai rencontré le 9ème Concept à ce moment-là. Je les ai vu travailler, faire des expositions, des évènements et j’ai eu envie de participer à cette aventure mais je ne savais même pas comment ! Je savais juste que je voulais en être. Donc voilà, j’ai sympathisé avec les fondateurs du 9ème Concept et en les fréquentant je me suis mis à dessiner. Ça a été un peu l’élément déclencheur. Après, la vie a évolué, puis je me suis fait mon école tout seul.

Quand tu as commencé à dessiner, quelle était ta démarche ?

Ce qui s’est passé, c’est que n’ayant pas de culture de l’art approfondie, à Paris j’ai fréquenté beaucoup de musées, j’ai vu beaucoup d’expositions et je me suis tout simplement mis à acheter des bouquins d’art. J’ai été très marqué par l’art africain, toute la symbolique autour du masque, etc. Tout ça m’a vraiment passionné. Mes premiers dessins étaient tout simplement des reproductions de masques africains. Pour faire court, c’était ça. Donc j’ai travaillé sur le masque sans forcément pousser toute la symbolique qu’il y a autour. C’était une inspiration très tribale finalement. Et ça pendant des années.

Tu avais une méthodologie de travail à cette époque-là ?

Non, pas du tout ! Parce que je découvrais tout. Pour moi, rentrer dans un musée c’était nouveau… Enfin, je ne vais pas dire que je venais d’un petit village où je n’avais jamais rien vu puisque j’ai quand même grandi en ville et puis il y a aussi mon père qui est quelqu’un de très ouvert sur la culture, mais c’est juste que je n’étais pas attiré par ça, ça ne faisait pas partie de mon quotidien. Je n’avais pas de code, je ne savais pas comment ça fonctionnait, tout était nouveau. Même acheter un carnet de croquis, c’était nouveau. Je ne connaissais pas les crayons et tout ça. Je découvrais et donc j’essayais ! C’était marrant. Je me rends compte qu’avec mon parcours, si j’étais allé en cours, si j’avais fait une école, j’aurais appris énormément de choses beaucoup plus vite, techniquement parlant. Il se trouve que je pense avoir été plus lent en apprenant tout seul, en revanche c’était plus enrichissant parce que j’allais dans la direction que je souhaitais.

Tu penses que c’est une chance pour toi justement de ne pas être allé dans une école ?

En fait je ne sais pas si c’est une force ou si ça me dessert. Je pense que ça m’a desservi effectivement sur certains points, je parle de technique par exemple, de connaissances sur l’histoire de l’art puisque j’ai dû l’apprendre seul. Se débrouiller tout seul c’est bien mais je me rends compte aujourd’hui qu’on a besoin de ses pairs, artistiques notamment. C’est ce que je recherche aujourd’hui. J’ai pu apprendre beaucoup de choses tout seul en fréquentant des artistes, en collaborant avec eux, en voyageant. Mais voilà, j’ai pris un certain retard mais ce n’est pas grave parce que la vie est longue, la carrière d’un artiste aussi. C’est ce qui me passionne dans ce que je fais. Je n’ai pas d’objectif particulier si ce n’est de trouver du plaisir à apprendre encore, encore et encore. On arrête jamais d’apprendre.

Tu nous as dit que tu étais autodidacte mais pour autant pourrais-tu dire que le 9ème Concept t’a quand même un peu pris par la main au début et t’a permis, par des petits conseils, de progresser ?

Oui, bien sûr. Avec le recul aujourd’hui, puisque j’ai pris beaucoup d’indépendance, il aura été pour moi une école. Je vois d’ailleurs le 9ème Concept comme une école, avec ses schémas d’apprentissages, avec ses codes, avec ses étapes. C’est flagrant aujourd’hui d’ailleurs avec un artiste comme Alexandre d’Alessio, on a fait la même école, même si lui en avait fait une autre avant. 9ème Concept est quelque chose de très fort puisque moi j’ai appris au travers de ce biais non seulement en côtoyant des artistes avec qui j’ai appris à peindre, à créer, à avoir confiance en moi, mais j’ai aussi appris à voir que le travail peut être un plaisir, que je peux être artiste tout en étant professionnel, et qu’être artiste peut générer une économie, ça peut être un moyen de gagner sa vie. Et ça c’est très fort. D’ailleurs, le conseil que j’essaie de donner à des plus jeunes, des étudiants, c’est : il y a de multiples façons de gagner sa vie tout en étant créatif, et le 9ème Concept montre bien ça. C’est-à-dire travailler ce que je chacun veut travailler, collaborer aussi avec des marques est très intéressant. Ca apprend à être professionnel, ça permet de travailler sur des thématiques qu’on n’aborderait pas forcément tout seul.

Donc voilà. 9ème Concept m’a apporté beaucoup de choses et m’a aidé à me structurer en tant qu’homme et en tant qu’artiste.

Peut-on dire qu’aujourd’hui c’est ça le point fort de 9ème Concept pour les artistes qui y sont ?

C’est une bonne question… En fait, c’est une très bonne question…

On la complète. Au-delà de ce côté structurel, ordonné, d’échange pur, penses-tu qu’il y ait un côté familial, de tribu un peu comme le disait Alexandre ?

Oui. Disons que je rejoins Alex quand il dit ça et j’ajouterai que pour moi le 9ème Concept a de multiples facettes, comme chaque être humain finalement. Il y a la facette famille, il y a la facette travail, la facette ami et la facette école.

Est-ce que tout ça est dur à gérer ?

Il faut faire le tri. Parce que quand on mélange tout, ce n’est pas évident. Quand je travaillais avec le 9ème Concept, il était mon employeur, mais ce sont aussi des amis et des gens qui m’ont formé.  Quand je suis arrivé au sein du collectif, j’avais 18 ans, j’étais le petit jeune de la bande. Ils m’ont aidé à grandir. Et je citerai quelqu’un qui a été très important pour moi, qui aujourd’hui ne travaille plus au sein du collectif, il s’appelle Big Jul. Il a pris une autre direction et c’est quelqu’un qui a été un prof, un grand frère pour moi. Il m’a aidé à travailler, il a été un des premiers à me montrer comment fonctionne un ordinateur et un logiciel, Illustrator notamment. Donc il me conseillait un peu sur des choix techniques de dessins, des choses comme ça. C’est pour ça que pour moi, au-delà de la tribu, il y a vraiment l’aspect école. Je considère que dans la vie, tout n’est qu’apprentissage. Même au travail, le patron est un prof. C’est important de bouger, d’aller voir ailleurs pour s’enrichir et apprendre.

Éprouves-tu certaines craintes à atteindre tes limites dans ton travail ?

Non, je dirai au contraire que je recherche mes limites. Je recherche et j’en ai plein. Il faut que j’aille les chercher pour pouvoir les dépasser. Et c’est probablement une des choses qui me fait le plus avancer dans la peinture. Pour le moment, je ne les ai absolument pas atteintes. Dans ce que j’ai abordé au niveau plastique, j’ai travaillé sur beaucoup de choses différentes. C’est-à-dire qu’au début, j’étais sur les masques et la symbolique des masques. C’est ce qui m’a amené après à travailler les portraits, réalistes. Donc j’étais dans quelque chose de très figuratif. J’ai atteint les limites de ce travail plastique et je suis donc passé à quelque chose de beaucoup plus abstrait. Je pense que dans la peinture, il y a des cycles. Je peux très bien avoir le sentiment d’être allé au bout de mon travail dans la figuration de portraits, et y revenir 10 ans plus tard.

Est-ce qu’à un moment donné tu as été guidé dans ta réflexion par tes pairs ?

Bien sûr, à différents niveaux. J’ai fait mon éducation… je me rends compte que je parle souvent d’éducation et à quel point je suis encré dans le process du 9ème Concept.  Bref, les premiers artistes avec qui j’ai travaillé, que j’ai côtoyé,  que j’ai observé ont été les artistes du 9ème Concept. Ce sont vraiment les artistes qui m’ont inspiré, au sens premier du terme. C’est-à-dire que j’ai aimé leur travail, je m’en suis inspiré pour moi-même, pour me créer une identité visuelle. C’est mon premier cercle.

J’ai eu un vrai moment fort dans ma vie, c’était une exposition rétrospective de Jean Michel Basquiat, à Paris au musée Maillol, je crois que c’était en 2002. Ça a été un moment clés dans ma vie puisque j’ai été complètement subjugué et ému devant ses toiles, je n’avais jamais ressenti ça. En fait, je n’avais jamais ressenti ça devant une sculpture, un monument d’architecture incroyable… Donc c’était la première fois… je ne me souviens plus si j’ai déjà pleuré devant les tableaux, mais j’étais ému  en tout cas. Il y avait de la naïveté, des messages, de la profondeur, des couleurs magnifiques et des tailles énormes de toiles. Et là ça a été une révélation pour moi et je me suis dit soulagé « ah c’est ça en fait, c’est ça que je veux faire ». Ce n’est pas ce que je veux reproduire mais plastiquement il y avait une telle énergie palpable, je me suis dit que pour être artiste, il faut être dans cette énergie-là.

A partir de ce jour-là, ce n’est pas forcément mon travail qui a changé, c’est ma démarche, ma façon d’aborder le travail qui a changé.

Tu peux nous dire à quel point ça a changé ?

Petit à petit, j’ai arrêté de travailler sur le portrait. Et j’ai eu envie de trouver ma propre ligne, ma propre écriture. Pour moi, quelqu’un comme Basquiat avait son écriture. Elle lui était propre. J’ai moi-même eu envie d’avoir quelque chose de reconnaissable. Je me suis rendu compte à quel point mon travail de portrait était limité et limitant. J’essayais de reproduire des visages en essayant d’y apporter de la profondeur mais en fait je ne m’exprimais pas vraiment. J’ai un travail qui est porté sur la ligne et sur le mouvement. C’est à cette époque-là que j’ai commencé ce travail de recherche de la ligne justement.

Donc je suis passé des portraits à un travail très graphique de la ligne, des arabesques, des formes imbriquées les unes dans les autres, quelque chose de très foisonnant, une espèce d’architecture complètement abstraite, un mélange de végétal, d’animal… Je ne le décris pas en fait. Je ne peux pas vraiment expliquer ces lignes-là. Elles sont spontanées.

Juste pour finir sur mes pairs, c’est important de citer Picasso parce que, pour moi, c’est le plus beau symbole de l’évolution d’un artiste et de l’évolution du travail d’un artiste. Je ne parle pas de sa personnalité, je parle de son travail plastique. Ça m’a beaucoup marqué. Sa série de dessins sur les taureaux aussi : il part d’un taureau très réaliste, très complexe  pour arriver à un taureau en 3 lignes magnifique et équilibré. C’est toute l’évolution de décomposition du taureau qui m’a scotché. J’en ai même une reproduction chez moi. Le travail d’un artiste est comme une histoire : il y a un début, tout ce qui se passe puis il y a la fin de la vie de l’artiste, dans une constante évolution. Picasso symbolise ça.

Après j’ai fréquenté et collaboré avec d’autres artistes. Il y a des artistes qui m’ont vraiment inspiré et amené à travailler d’autres techniques, je pense notamment à Clemens Behr, un artiste allemand. Il fait des structures en volume, il travaille dans l’instant. J’ai collaboré avec lui dernièrement et c’était une rencontre artistique géniale. Pour terminer, Angelbert Métoyer est un artiste que j’ai rencontré à l’exposition « Go West » l’année dernière à Paris puis à Houston. J’ai collaboré avec lui, il m’a invité dans son atelier. J’y ai vu un artiste travailler et là j’ai ressenti la même chose que devant les toiles de Basquiat. J’ai vu un artiste être totalement libre dans sa démarche créative, il ne se posait pas de question, il était dans l’instant : il marchait sur ces toiles, il en peignait une puis il en regardait une autre et allait la peindre. Et tout ça en continu. Puis il m’a invité à peindre sur une toile à lui, il me disait : « Tu fais ce que tu veux. Imprègnes toi de mon travail si tu veux et tu interviens sur la toile que tu voudras ». Et ensuite on a travaillé à quatre mains. Ça a été pour moi ma plus belle rencontre artistique et le plus beau moment de ma carrière. Pour moi il y a un avant et un après Angelbert Métoyer.

Tu envies cette spontanéité dans le travail ? Tu aimerais avoir aussi peu d’appréhension ?

Un de mes objectifs, c’est de toujours être plus libre dans la création. Je remarque que depuis 12 ans que je suis artiste… En fait, je me considère artiste depuis 1 an et demi en réalité. C’est justement cette liberté qui me manquait et que je ne m’octroyais pas avant. J’ai eu des moments difficiles dans ma vie qui m’ont fait me poser des questions sur ce que j’étais. Je me suis rendu compte que j’étais artiste mais que je ne l’assumais pas. Aujourd’hui, je l’assume et je m’éclate comme jamais. J’ai une liberté que je n’avais pas avant, que je ne m’octroyais pas. C’est la rencontre avec Angelbert Métoyer qui m’a ouvert les yeux là-dessus. Lui était un artiste très cultivé, qui lisait beaucoup, il y avait beaucoup de symboliques dans ses tableaux. La démarche était un peu la même. C’est-à-dire se nourrir d’un maximum de choses, puis se lâcher sur une œuvre. Je n’ai pas du tout d’appréhension lorsque j’aborde une toile, c’est même très naturel. Et ça l’est de plus en plus.

Il y a quelque chose que je remarque, c’est que ça n’était pas le cas 1 an auparavant. Aujourd’hui ça me fait du bien de peindre, de créer parce que je suis en phase avec moi-même. J’ai compris que j’avais énormément de choses en moi : de regards sur le monde, de regards sur les hommes, sur l’homme et j’ai tout simplement besoin de le livrer. On a toujours des chaines, mais plus j’avance dans mon travail et plus je me libère de choses.

Quel sentiment avais-tu avant quand tu travaillais sur une toile ?

C’était très complexe. C’est-à-dire que le 9ème Concept est une école merveilleuse mais c’est une école portée sur l’esthétique, faire du beau, faire du joli, ne pas réellement avoir droit à l’erreur.  C’est quelque chose qui était très compliqué pour moi, et je l’ai compris il y a 1 an, 1 an et demi. Le pas le droit à l’erreur pour moi ne s’associe pas avec le fait d’être un artiste. Un artiste doit faire des erreurs, il doit essayer, il doit tester des choses, apprendre de nouvelles techniques et se doit de chercher. Pour moi un artiste est un chercheur. Et je n’avais pas ça dans l’école 9ème Concept. Il m’a fallu en sortir pour apprendre tout ça et voir que l’artiste doit se remettre en question. Il doit se planter et faire des erreurs. Aujourd’hui j’ai envie de faire des erreurs parce que je me rends compte que les erreurs amènent un changement.

Est-ce que tu portes un regard objectif sur le travail que tu fais ? Ou te faut-il une aide extérieure pour cela ?

Non. C’est particulier parce que j’adore communiquer avec les gens, j’adore parler, échanger, observer. C’est probablement ce que je préfère. Et il se trouve que quand je crée, je suis dans ma bulle. Que ce soit un dessin, une peinture ou même quand je fais une prestation en public. C’est moi seul qui décide quand ma toile est terminée. Il y a quelque chose de plus fort que moi, de surnaturel, qui va m’indiquer quelle couleur mettre, parce que je ne pense pas être un bon dessinateur mais je pense être un bon coloriste. Je ressens les couleurs. J’essaie de me fermer au maximum au regard des gens. Il y a quelques années, j’étais guidé par le regard des gens. C’était important. Il fallait que je plaise et que mon travail plaise. Il fallait faire une belle image, très travaillée, de jolis traits… pas d’erreurs.

Est-ce que le fait de demander un avis extérieur est une preuve de manque de confiance en soi ?

Je ne le prends pas comme ça. Pour moi c’est plutôt un manque de personnalité. C’est-à-dire ne pas assumer ce que l’on fait. Mais c’est le principe même d’une école, c’est d’apprendre. Et aujourd’hui je ne considère pas être l’artiste le plus doué, qui fait les plus jolis rouges, les plus jolis bleus, toiles ou traits. Je pense qu’aujourd’hui j’assume ce que je suis, ma personnalité et mon travail. Ce que je ne faisais pas par le passé.

Pour revenir sur le 9ème Concept, quelle place t’a-t-on donné et quelle place penses-tu y avoir ?

Quelle place j’y ai aujourd’hui, je ne sais pas trop parce que c’est un peu en mouvement. Mais c’est intéressant de revenir sur mon parcours dans le collectif, parce que je l’ai intégré il y a 12 ans. Avec le temps je me suis formé, j’ai découvert que j’avais des capacités et des qualités pour diriger des projets et pour driver des gens. C’est ce qui m’a amené à avoir des fonctions de directeur artistique sur des projets. Aujourd’hui j’ai pris mes distances par rapport au 9ème Concept et j’ai eu besoin d’aller voir ailleurs tout simplement. Je suis dans un moment de ma carrière où je prends mes distances. Mais quand Alex parlait de famille, le 9ème en reste une pour moi aussi. C’est-à-dire que je serai toujours proche d’eux. D’ailleurs aujourd’hui je travaille toujours dans leur atelier mais pas pour longtemps puisque je prends le mien et par la même occasion je prends mon envol. J’aime collaborer avec le 9ème mais beaucoup moins qu’avant. Aujourd’hui je vais collaborer sur les projets qui me tiennent vraiment à cœur. D’ailleurs ma prochaine exposition est une exposition avec le 9ème à Marseille dont Alex s’occupe. Donc aujourd’hui je n’ai plus les fonctions de directeur artistique que j’avais. Si je devais conclure je dirai que ma formation d’élève est terminée.

Au bout de combien de temps t’a été directeur artistique du 9ième concept ?

5-6 ans à peu près.

Cela n’a-t-il pas été un problème pour les autres de voir que toi, l’autodidacte, tu étais devenu directeur artistique ?

Non, pas du tout. Il y a toujours beaucoup de respect entre nous et disons qu’on a tous commencé de la même façon et on a tous eu à peu près la même évolution, plus ou moins rapidement, avec plus ou moins de responsabilité, mais ça c’est fait dans la logique des choses.

Est-ce qu’à l’époque tu étais conscient d’avoir ces qualités ?

Ah c’est bien vu. Non, eux ont cru en moi très tôt mais je ne voyais pas ces qualités-là. Je le découvre avec le recul. A l’époque je n’avais ni conscience de mes qualités plastiques, ni de mes qualités dans le travail. C’est-à-dire que pour moi c’était normal, tout était dans la continuité, je ne me rendais pas compte que j’étais bon dans certains domaines et mauvais dans d’autres. Aujourd’hui je suis conscient d’être un mauvais graphiste alors que j’ai fait pendant des années des travaux de graphisme.

Est-ce que cette expérience t’a permis de mieux gérer tes travaux et tes projets personnels ?

Évidemment, ça fait partie de mon apprentissage. Ce que j’ai adoré là-dedans, c’est collaborer et échanger avec des artistes, des chefs de projets, des gens de services marketing de grosses sociétés, des PDG, des gens qui n’ont rien à voir avec le domaine artistique. Donc en tant que directeur artistique, j’ai travaillé dans des domaines complètement différents, j’ai collaboré avec des gens que je n’aurais jamais pu rencontrer si je n’avais pas eu cette fonction. Et aujourd’hui je me rends compte que ça m’aide à me vendre en tant qu’artiste. Ça m’aide à parler, à faire parler de moi. Tout ça est très bénéfique.

Est-ce que tu te sens redevable envers le 9ème ?

Oui et non. Oui dans le sens où je leur dois ce que je suis aujourd’hui. C’est le collectif qui m’a permis de devenir l’artiste que je suis.  Et non parce que ça a toujours été un échange entre le 9ème et moi. C’est-à-dire que j’ai donné autant que j’ai reçu.

http://www.romainfroquet.com/

Voici quelques uns de ces travaux

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Rendez-vous la semaine prochaine pour la seconde partie de l’interview.

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  1. Interview Romain Froquet - Partie 2November 2, 2012, 09:07

    [...] la seconde partie de notre interview de Romain Froquet. La première s’est déroulée autour d’un café, mais comme on n’a pas eu le [...]

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