Interview Little Madi
– Partie 2

Written by Duke & Dude, 29-11-2012, 0 Comments

Nous revoici pour la seconde partie de notre interview de Little Madi où elle nous a présenté son travail un peu plus en détails.

Tu nous parlais la dernière fois de la marque Nikita, est-ce que tu as d’autres projets ?

Je viens de démarrer un nouveau projet avec la boutique South Painters. On va réaliser une série limitée (tops et sweats), la sortie est prévue au printemps. Je travaille aussi sur une collaboration avec la marque de nœuds papillons La Vie Élégante. Et à côté de ça, je collabore avec le Revue Rayon Frais (www.revuerayonfrais.fr – je publie chaque mois un dessin/billet d’humeur). Je suis aussi en pleine conception d’un fanzine avec un ami (ZIHAND) qui devrait sortir très prochainement, et voilà !

Quelle est ta visibilité sur tes projets ?

Elle est d’un mois ou deux à peu près, j’ai du mal à me projeter plus loin. Je ne sais pas où j’en serai dans 6 mois, et ça me va !

Quand tu dessines, tu le fais pour toi ?

Je sais pas trop, je n’y pense pas vraiment, je dessine juste.

Qu’est-ce que tu recherches quand tu dessines ?

A prendre du plaisir. J’ai une idée en tête, j’ai envie de l’exprimer. Je recherche à faire quelque chose de cohérent, qui me parle.

Ça t’arrive d’abandonner un travail ou de le reprendre des mois plus tard ?

Oui, ça m’arrive. Mais je me rends compte que je me lasse souvent de mes dessins. Du coup ça me booste pour faire des choses nouvelles. Mes travaux évoluent au niveau de la cohérence, de l’harmonie, de la technique et des sujets. Au début, je dessinais sans vraiment faire des choses figuratives et petit à petit j’ai commencé à faire des personnages, des chimères, j’ai des influences par période.

Ton travail évolue beaucoup donc, mais est-ce que tu as gardé une certaine régularité, dans l’observation par exemple ?

Oui, observer les gens dans la rue, je le fais tous les jours. Et l’utilisation du Rotring.

Il y a des points sur lesquels tu voudrais évoluer ou sur lesquels tu sais qu’il faut que tu évolues pour passer un cap ?

Oui, la pratique de la couleur et aussi le travail sur une toile. Faire quelque chose au pinceau, en dehors de mes habitudes et de mes outils. Me pousser à me mettre dans des situations nouvelles pour évoluer. Je vais y venir petit à petit.

Il y a des marques avec lesquelles tu aimerais travailler ? Pas forcément des marques de vêtements.

J’aime bien travailler dans l’univers de la mode, j’y suis plutôt à l’aise. Je dirais des marques comme Carhartt, Insight ou Olow… J’aimerais aussi travailler avec des marques moins street comme Forget Me Not, MilleNeufCentQuatreVingtQuatre (foulards en soie) ou les Jolies Mômes (lingerie).

Dans l’ensemble, tu sembles avoir une démarche assez proactive. Tu te l’imposes ?

Non, c’est quelque chose d’assez naturel au final. Je suis de nature assez angoissée du coup, j’ai besoin d’avoir de la matière. Dès que je sens que je ne vais plus en avoir, il faut que j’en trouve d’autre. J’ai besoin de ne pas être tranquille, c’est assez étrange. Quand je sens qu’il y a des moments de calme, ça m’angoisse un peu.Ceci dit, c’est important aussi d’avoir ces moments là parce que ça te permet de te remettre en question. Même faire une interview ça fait partie du truc, tu parles de ton travail, tu fais un point.C’est assez solitaire comme pratique donc c’est bien de pouvoir se confronter au monde extérieur et au regard des autres.

Tu arrives à estimer le nombre d’heures que tu travailles ?

Pas du tout, c’est difficile, je suis assez boulimique à ce niveau-là. En gros je travaille la journée, le soir et le week-end. Surtout si j’ai un projet en tête, j’ai besoin de le terminer. J’arrive à débrancher de temps en temps quand même, j’ai une vie sociale : ) Mais c’est vrai que ça me prend beaucoup d’énergie, mais j’adore ça, c’est un pur plaisir.

Qui est Little Madi en privé ? Pas à travers ses dessins.

Pas facile comme question… Je suis quelqu’un d’assez enthousiaste et d’impulsif. Ma vie se résume à des potes, des sorties, des bons repas et un peu de sport ! J’ai aussi la chance d’avoir un amoureux exceptionnel : ) on est ensemble depuis bientôt 10 ans. Notre complicité m’apporte beaucoup. J’ai besoin de vivre les choses à fond, jamais dans la demi-mesure, même si parfois je devrais le faire. Je n’aime pas m’imposer de contraintes.

Tu penses qu’on est dans le côté individualiste de l’artiste ?

Je ne sais pas, peut-être. J’ai besoin d’être indépendante en tout cas.

Tout à l’heure, tu nous disais que tu aimais travailler quand il y avait du monde autour de toi, le bruit est un moteur ?

Ça dépend le bruit, j’aime bien travailler quand j’ai des amis qui sont là et qui discutent. Je suis dans mon coin, ça ne me dérange pas. Par contre quand je démarre un dessin, j’ai vraiment besoin d’être seule.

Pourquoi ça ?

C’est mon côté un peu vulnérable. C’est assez particulier quand tu as une page blanche devant toi, et j’ai besoin de me concentrer tout simplement.

Est-ce que le regard que les gens portent sur ton travail est important ?

Oui bien sûr ! C’est toujours intéressant de voir comment mes dessins sont perçus. Ça me permet de prendre du recul, et de voir mon travail sous un nouvel angle. Que ce soit de bonnes ou de mauvaises critiques, ça fait parti du jeu, il faut les prendre en compte. J’aime avoir l’avis de gens d’un tout autre milieu et aussi celui de mes pairs.

C’est important cette reconnaissance de tes pairs ?

Oui, je pense. Je suis quelqu’un d’assez rêveur et depuis toute gamine j’ai toujours eu en main des magazines comme Juxtapoz et ModArt, où tu vois tous ces artistes et leur travail. Donc quand tu les rencontres et qu’ils apprécient ce que tu fais, c’est plutôt sympa disons !

Est-ce que tu pourrais nous décrire ton univers, comment en es-tu arrivé à cet univers-là et pourquoi tu as ce souhait de le retranscrire sur papier ?

Je cogite pas mal et j’absorbe beaucoup d’images au quotidien. Ce que j’ai envie de retranscrire, c’est comment les choses s’entremêlent dans ma tête. Je pense à un visage, une forme, un animal ou une texture, mais ce n’est pas pour autant pragmatique, c’est vraiment un état d’esprit. Le but est de trouver un démarrage et de me laisser entrainer dedans. Je vais avoir des phases où mes dessins vont ressembler à des choses entremêlées, d’autres où ce sera plus symétrique et contrôlé, tout dépend de mon humeur.

Il y a un mot pour décrire ton univers ?

Je le cherche encore. Je ne suis pas encore arrivée à définir tout ça. Le magazine Boum Bang avait défini ça comme « surréaliste », je trouve ça assez flatteur. Du rêve, pas forcément de logique…. Je sais pas trop, je vous dirai quand je l’aurai trouvé !

Tu parles souvent de ta période à l’école, c’est une période qui t’a marquée ?

Oui, c’était une expérience très intense. Je n’étais pas toujours à l’aise, mais j’ai adoré la liberté que ça m’a apportée et les rencontres que j’ai pu faire.

Si tu devais le refaire, tu le referais ?

Oui, je ne regrette pas du tout. Ça m’a donné les outils pour évoluer toute seule et me construire. L’école m’a permis de faire des stages et des rencontres. Et ça fait partie de ce que je suis maintenant.

Il y a des pays qui t’inspirent plus que d’autres ?

Je dirais le Mexique, le Japon et les pays scandinaves.

Qu’est-ce que tu veux faire ressentir aux gens quand ils regardent tes travaux ?

J’aime bien quand ça les fait rire, quand ça leur parle, et qu’ils se perdent dans les détails. J’y pense quand je dessine, j’ai toujours envie d’en rajouter.

Est-ce que tu peux nous présenter quelques-uns de tes travaux ?

Celui-là, c’est le dernier dessin que je viens de faire. Il fera parti du fanzine que je fais avec ZIHAND. Au départ, je voulais faire une tête de mort, mettre des cornes de cerf, puis finalement je suis partie sur un carrousel. J’avais envie de bosser quelque chose qui dégouline.

Combien de temps tu mets pour faire un dessin de ce type ?

Je dirais à peu près 5/6h, quelque chose comme ça.

L’occupation de l’espace sur ta feuille, c’est important pour toi ?

Oui j’essaie d’avoir quelque chose de cohérent.

Celui-ci, c’est pour l’association de mon pote Roule petit Ougandais dont je vous parlais tout à l’heure.

Tu nous disais que tu aimerais intégrer plus de couleurs dans tes dessins, pourquoi tu ne l’as pas fait jusqu’à maintenant ?

Parce que ce n’est pas quelque chose qui me vient naturellement, je ne suis pas forcément à l’aise avec les couleurs. Je suis plus à l’aise avec le noir et blanc, ça me parle plus.

Tu t’inspires de dessins que tu as déjà faits ?

Oui, souvent. J’aime bien les avoir avec moi, ça me rassure avant de commencer un nouveau dessin. Souvent je les feuillette ou je repense à des choses que j’ai déjà faites. Parfois je vais reprendre des dessins et zoomer dedans ou carrément les réinterpréter.

Si tu prends un de tes dessins, est-ce que tu pourrais nous expliquer ta démarche sur chaque partie du dessin ?

Disons que je fonctionne beaucoup à la spontanéité donc je ne saurai pas mettre de mots précis sur chaque partie. Il y a vraiment une grande partie qui a attrait à la sensation. Par contre je peux vous montrer la série de vaisselle que j’ai réalisée. C’est venue de ma série d’insectes que j’avais vraiment envie de transposer. Je suis allée la chercher exprès ce matin pour que vous puissiez la voir : ).

Ça c’est un carnet que j’avais fait quand j’étais sur Paris.

J’avais fait aussi un lapin crétin. C’était pour une exposition Eeerz  en collaboration avec Ubisoft. L’Expo a eu lieu à la Boutique ARTOYZ à Paris. En ce moment il voyage, il était en Suisse dernièrement.

J’adore Pictoplasma aussi, c’est une maison d’édition avec qui j’aimerai beaucoup travailler. Ils sont à Berlin je crois, ils éditent des bouquins vraiment supers où ils répertorient plein d’illustrateurs et artistes.

Un petit mot pour la marque ?

Je veux passer commande !

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Merci Caroline de nous avoir accordé un peu de ton temps ! Comme le veut la tradition, nous lui avons demandé de nous faire un petit dessin pour la marque, voici la vidéo :

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