Interview Little Madi
– Partie 1

Written by Duke & Dude, 27-11-2012, 1 Comment

En milieu de mois, on est allé à la rencontre de l’artiste Little Madi aka Caroline Bertrou. Elle nous a gentiment accueillie dans son atelier qu’elle partage avec Julie (qui fabrique de superbes sacs à la main sous la marque Pawnee Oak) et dans lequel elle s’est installée tout récemment. A peine entrés, on se retrouve dans un magnifique appartement ancien, haut plafond, un présentoir à l’entrée bourré de magazines en tout genre (Vice, Forever The New Tattoo, Rugged et autres), une carabine posée sur l’étagère, une vieille machine à coudre dans le fond sans oublier la tête de cerf accrochée au dessus du meuble. Un cadre qui ne court pas les rues dans notre ville rose (voir les photos en fin d’article).

On a d’ailleurs tellement apprécié le lieu que nous y ferons probablement notre prochaine boutique éphémère sur Toulouse. On en reparlera si tout cela se confirme.

Une très jolie rencontre qu’on vous laisse découvrir dans cette interview, la seconde partie arrive dès mercredi avec, comme le veut la tradition chez Duke & Dude, un dessin de Little Madi en live.

http://petitemadi.blogspot.fr/

Est-ce que tu pourrais te présenter pour les gens qui ne te connaissent pas ?

Mon nom est Little Madi, j’ai 25 ans. J’ai fait mes études à Bruxelles à l’École de La Cambre. J’y ai passé 3 ans. C’était une expérience très chouette, Bruxelles est vraiment une ville super. Après ça, j’ai fait un stage de 4 mois, en tant que graphiste à Paris. Par la suite j’ai contacté Koralie (de Koralie & SupaKitch - ndlr) pour faire un stage à ses côtés (parce que j’étais et je suis toujours fan de son travail ). Elle m’a demandé si ça ne me dérangeait pas de venir à Brooklyn. J’ai dit oui tout de suite ! Du coup, je suis partie à New York pendant 3 mois et ça a été une expérience très enrichissante. J’ai découvert le travail de SupaKitch que je connaissais un peu moins. C’est une vraie chance d’avoir pu travailler à leur côté. Ce sont des personnes très attachantes, généreuses, et ils ont une créativité qui te contamine. Ils m’ont fait partager beaucoup de choses. J’en garde un excellent souvenir. En plus je rencontrais la ville de New-York, qui m’a laissée une trace indélébile ! Je veux retourner y vivre, ça a été un vrai coup de cœur. Quand je suis revenue à Toulouse, j’ai continué à travailler sur mes dessins et à démarcher. J’ai été contactée par la marque Nikita. La première fois qu’ils m’ont contacté, j’étais encore à l’école. C’était un peu nouveau pour moi, et ça a vraiment bien marché. J’y ai signé quatre collections.

Comment ont-ils fait pour te connaître toi et tes travaux ?

Je les ai contacté au départ pour un stage. Et ils m’avaient dit que ça allait être contraignant pour moi, puisqu’ils sont en Islande. Du coup ça ne s’est pas fait, et un an après, ils m’ont demandé si je voulais faire partie des artistes pour la collection été 2012. À présent, on a vraiment une relation de confiance, et c’est vraiment un pur plaisir de travailler avec eux. Le dernier projet que j’ai fait pour eux ce sont des planches de snow. J’ai hâte de les voir !

Tu as prévu de travailler sur d’autres supports avec eux ?

Non, pour le moment que du textile et du snow. Dans un autre registre, je vais faire des designs pour des planches de skates. J’ai un ami qui a monté une association qui s’appelle Roule petit Ougandais. On travaille aussi sur une série limitée de t-shirts.

Tu peux nous la présenter ?

C’est une association caritative. Ils veulent envoyer des skates en Ouganda parce qu’ils ont découvert qu’ils faisaient pas mal de skate là-bas, mais avec pas grand chose. Du coup ils veulent monter un skate shop et une MJC. J’ai tout de suite adhéré au projet et j’ai voulu y participer. Les organisateurs ont fait une vidéo de présentation pour récolter des fonds. C’est en train de se mettre en place.

Pour revenir sur ton passage à New-York avec SupaKitch & Koralie, peux-tu nous dire en quoi ils t’ont aidé et qu’est-ce qu’ils t’ont fait faire ?

Je les aidais entre autre à travailler sur leur marque Metroplastique. J’ai pu voir l’envers du décor comme la préparation d’une collection, tout le cheminement de création jusqu’à la distribution en boutique. Et à côté de ça, je les assistais dans leur travail d’artistes peintres, dans leur atelier à Brooklyn. Ça reste pour moi des moments inoubliables parce j’étais en présence de deux artistes très talentueux, et je voyais leur façon de travailler, du processus de création jusqu’au résultat final.

Y a-t-il des choses qui t’ont marqué dans leur façon de travailler ? 

Oui, la facilité avec laquelle ils le font. Ils ont une telle aisance, c’est assez beau à voir. Après ça je me suis vraiment dit qu’il fallait que je bosse beaucoup et que je persévère. Ils ont un travail généreux, qui te donne envie. Et l’énergie qui en ressort est purement positive. Bref, quand je suis rentrée, je n’avais qu’une envie, c’était de dessiner !

D’où t’es venue cette passion ?

Je crois que c’était au collège que ça a vraiment commencé. Je voyais des dessins gribouillés un peu partout sur les tables. Ça me fascinait. Et à partir de là j’ai dit à mes parents « je veux faire ça comme métier ». J’avais 12 ans. Ma mère est conseillère d’orientation, donc elle a essayé de me cadrer. Elle me faisait faire chaque année les portes ouvertes des grandes Écoles d’art.

Tu t’es entouré de personnes pour assurer les fonctions supports ?

Non, aujourd’hui je fais tout. Après je pense que j’aurais besoin d’un agent ou de quelqu’un qui m’épaule un peu là-dessus. C’est vraiment un boulot à part entière. Tu peux passer des jours entiers à démarcher, répondre à des interviews ou des articles.

Tu as une journée type ?

Pas du tout. Je n’y arrive pas. Je suis mon instinct. J’avance petit à petit sur plusieurs projets, et mon rythme n’est jamais le même. Je passe pas mal de temps dans mon atelier que je partage avec Julie (créatrice de la marque Pawnee oak : http://www.pawneeoak.com/ ). C’est super agréable d’avoir un espace juste pour créer ! En ce moment, je me consacre à ma collection de vaisselle, ça me prend pas mal de temps. Je collabore avec L’Estampille à Toulouse (les photos dans la seconde partie – ndlr). En décembre, je participe à deux ventes de créateurs (Les Martines à Bayonne et The Curious Days à Montpellier) et je présente aussi une exposition au Wolf Cheap Market (Toulouse). Du coup, je fais pas mal de projets en même temps. C’est un peu un joyeux bordel !

Au niveau de ces collaborations, c’est plutôt toi qui fais la démarche d’aller voir les gens ou c’est plutôt l’inverse ?

Ça dépend. Si j’ai envie de collaborer avec une marque ou de participer à un projet, je ne vais pas hésiter à démarcher. Et parfois, ce sont les gens qui viennent me chercher.

Tu serais prête à accepter un projet qui ne te plaît pas énormément mais qui te permet de gagner un peu d’argent ?

Oui mais tout dépend du projet bien sûr ! Si c’est un projet vraiment commercial, il faut voir l’étendu de liberté. Mais oui, forcément. C’est quand même un confort. Je suis prête à faire certains compromis dans mon travail.  Quelque part, pour Nikita, je le fais déjà parce que je sais qu’il faut que ce soit vendable, que mes visuels plaisent. Donc je ne peux pas non plus faire un truc complètement fou. La cible est très féminine, je dois m’adapter.

Des artistes qu’on a pu interviewer comme Alexandre D’Alessio et Romain Froquet nous disait que l’état de l’art en France n’était pas très bon, non pas qu’il n’y a pas d’artistes, mais surtout parce qu’ils ne sont pas mis en valeur. Tu en penses quoi ?

Je sais pas trop, c’est sûr que quand tu es artiste, tu te confrontes à pas mal d’obstacles, qui sont encrés dans les mœurs (le fait de travailler gratuitement quand tu démarres par exemple). Mais à l’inverse, ce qui est assez formateur, c’est que tu dois tout faire tout seul et quand tu y arrives, c’est vraiment satisfaisant. Le démarrage d’une carrière artistique est forcément compliqué, je pense qu’elle se développe au fil des rencontres et des expériences. C’est un choix de vie difficile mais passionnant, il faut vraiment être motivé !

Les collectifs, ça peut être une solution ?

Oui et non. Ça peut aider pour avoir des locaux par exemple ou pour profiter de l’expérience de chacun, mais il faut vraiment tomber sur les bonnes personnes. Ce n’est pas toujours facile de travailler avec d’autres artistes, ça a un côté assez contraignant. Sauf si tu as un vrai coup de cœur avec une personne bien sûr ! Un collectif qui fonctionne bien je trouve ce sont les Hell’O Monsters à Bruxelles.

Est-ce qu’il y a des choses qui sont mises en place par les artistes pour les artistes ?

Pas vraiment non, ou en tout cas je ne suis pas au courant !

Une raison particulière à ça ?

Je ne sais pas, peut être que « l’artiste » est un peu sauvage ;) ? Ce n’est pas parce qu’on veut garder les choses pour nous mais c’est juste que ça ne se fait pas. Après c’est un peu bizarre de parler au nom d’une « communauté ». De mon expérience, je remarque que les gens s’entraident quand tu fais partie du même réseau et c’est souvent des rencontres affectives, des coups de cœurs avec les gens qui font que tu vas avancer dans telle ou telle direction. Il ne faut pas non plus forcer les choses, mais montrer son travail et aller vers ce qui te correspond. L’important est d’avoir un travail sincère et de persévérer.

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Rendez-vous mercredi pour la suite de l’interview.

Quelques travaux de Little Madi

Petit aperçu de l’atelier

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  1. [...] on vous le disait dans la première partie de l’interview de Little Madi, on a décidé d’organiser une seconde boutique éphémère, sur Toulouse cette fois-ci, dans [...]

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